Photo : Wilson Dias/ABr — Agência Brasil — CC BY 3.0 br — Wikimedia Commons
Le 23 mai 2025, Sebastião Salgado s’éteignait à 81 ans. Paris lui rend hommage jusqu’au 30 mai 2026 à l’Hôtel de Ville — 👉 une expo à ne pas manquer.
Il y a des photographes qu’on admire. Et il y en a d’autres qui vous changent le regard pour toujours. Sebastião Salgado était de ceux-là.
Le 23 mai 2025, le monde de la photographie perdait l’un de ses plus grands témoins. À 81 ans, après une vie consacrée à photographier l’humanité dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus fort, Sebastião Salgado nous a quittés. Les complications d’une malaria contractée en 2010 en Indonésie s’étaient transformées en leucémie. Il s’est éteint à l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine.
Un économiste devenu photographe par révélation
Né le 8 février 1944 à Aimorés au Brésil, Sebastião Salgado n’était pas destiné à la photographie. Économiste de formation, il travaillait pour des organisations internationales lorsqu’un jour, appareil en main lors d’une mission de terrain, il comprend que les images lui donnent infiniment plus à dire que les rapports économiques.
En 1973, il abandonne l’économie. Il a 29 ans. Le reste appartient à l’histoire de la photographie.
Le noir et blanc comme langage universel
Ce qui frappe d’abord dans l’œuvre de Salgado, c’est l’évidence du noir et blanc. Pas un choix esthétique gratuit. Une nécessité. Ses noirs sont profonds, presque physiques. Ses lumières semblent sculptées. Ses compositions ont la précision d’un chirurgien et la sensibilité d’un poète.
Il a tout photographié sans jamais détourner le regard : la famine en Éthiopie et au Sahel, le génocide rwandais, les 👉 mineurs de Serra Pelada au Brésil — ces images devenues iconiques d’une humanité à l’état brut — les exodes et les réfugiés à travers le monde, la forêt amazonienne et ses peuples premiers.
Pas pour choquer. Pour témoigner. Avec une dignité et une beauté qui forcent l’humilité.
Genesis et Amazonia : le monde d’avant l’homme
Dans les dernières décennies de sa carrière, Salgado a tourné son objectif vers la nature intacte. Ses projets Genesis puis 👉 Amazonia l’ont conduit aux confins de la planète, là où l’empreinte humaine est encore quasi absente.
Des images d’une beauté bouleversante. Comme si, après avoir tout vu de la souffrance du monde, il cherchait à nous rappeler ce que nous risquons de perdre.
Quatre millions d’arbres plantés
Ce qui me touche le plus chez Salgado, c’est qu’il ne s’est jamais résigné au cynisme que ce métier peut imposer.
Avec sa femme Lélia Deluiz Wanick Salgado, il a créé en 1998 l’ONG 👉 Instituto Terra sur les terres familiales d’Aimorés au Brésil. Ensemble, ils ont reboisé près de 700 hectares de terres épuisées et planté quatre millions d’arbres.
Comme si l’objectif ne suffisait pas. Comme s’il fallait encore réparer le monde avec les mains.
Le Sel de la Terre
En 2014, le réalisateur Wim Wenders consacre un documentaire à son œuvre : 👉 Le Sel de la Terre. Le film reçoit le prix spécial Un certain regard au Festival de Cannes. C’est la façon la plus belle et la plus accessible d’entrer dans l’univers de Salgado si vous ne le connaissez pas encore.
Un héritage immense
Sebastião Salgado laisse une œuvre photographique unique. Des centaines de voyages. Des milliers d’images. Une vie entière au service du témoignage.
Pour nous, photographes amateurs ou passionnés, il nous a montré que le noir et le blanc ne sont pas une contrainte. C’est un langage. Le plus universel qui soit.
Merci Sebastião. 🖤
Pour aller plus loin
👉 Instituto Terra — l’ONG de reforestation de Salgado
👉 Page Wikipédia Sebastião Salgado

