Il y a des histoires qui commencent dans l’obscurité. Pas la nuit — l’obscurité choisie, maîtrisée, celle du labo du club photo de mon lycée, en 1978. L’odeur du révélateur, la lumière rouge au plafond, une feuille de papier baryté qui plonge dans le bain et qui révèle, lentement, une image que vous avez faite de vos mains. C’est là que tout a commencé pour moi. Pas avec Nikon — avec la lumière. Nikon est venu après. Et il est resté quarante ans.
1977 : l’OM-1 et la naissance d’une obsession
J’avais 17 ans. J’ai travaillé tout l’été — un vrai travail, payé, fatigant — pour m’offrir un Olympus OM-1. Pas un cadeau, pas un héritage. Un choix. Cet appareil, je l’avais gagné heure par heure, et cette réalité-là change quelque chose dans la façon dont on regarde dans le viseur. On ne gâche pas ce qu’on a payé de sa sueur.
L’année suivante, en 1978, je m’inscris au club photo du lycée. Le labo est là — agrandisseur, bacs, lumière rouge au plafond. Je développe mes noir et blanc moi-même : le révélateur, le bain d’arrêt, le fixateur. Le minuteur. Et cette seconde suspendue où l’image apparaît dans le bac, où vous retenez votre souffle parce que vous ne savez pas encore si vous avez réussi. La photographie comme alchimie. Comme promesse tenue ou brisée dans le silence rouge d’un labo.
Cette école-là — la vraie, celle où chaque erreur coûte du temps et de la chimie — ne s’oublie pas. Elle s’imprime dans les mains, dans l’œil, dans les réflexes. Quarante ans plus tard, quand je cadre une image, c’est encore ce gamin de 17 ans qui décide de l’instant.
Le cinéma, le cadre, l’œil qui se forme
Après le lycée, le cinéma m’appelle. De 1980 à 1983, je me forme au CLCF — le Conservatoire Libre du Cinéma Français. Pas Vaugirard, pas les grandes écoles — une formation solide, exigeante, qui apprend le métier par le bas et par le vrai. Puis deux ans d’assistanat professionnel, de 1983 à 1985. On apprend en faisant, pas en regardant faire.
S’ensuivent quelques piges, du chômage, les débuts difficiles de ceux qui veulent vivre de l’image. Puis Avignon. La télévision locale. Je filme les offices de théâtre, je cadre les spectacles. Le jour, je suis derrière une caméra professionnelle. Le soir, il y a une petite salle de concert — une programmation jazz. Et là, je sors le F-601.
Avignon, le jazz et le premier Nikon
L’OM-1 avait disparu entre-temps — vendu, perdu, peu importe. Ces choses-là arrivent. On tourne une page sans s’en rendre compte. Dans une boutique d’occasion d’Avignon, début des années 90, je trouve un Nikon F-601. Ravi de l’avoir — c’est un beau boîtier, solide, fiable. Le F-801 me faisait rêver, mais il me fallait gagner ma vie. Toutes mes optiques étaient manuelles — le 28mm AI-S, le 50mm AI-S, le 35mm à décentrement, le 180mm f/2.8 ED AI-S. Je shootais tout en mise au point manuelle. L’autofocus, je l’apprendrai bien plus tard.
La petite salle de jazz devient mon école du soir. Un soir, Charlie Haden — le grand Charlie Haden — en duo avec un guitariste. Une petite salle d’Avignon, aujourd’hui disparue — le temps et le Festival Off font leur œuvre. Mais Charlie Haden, lui, ne s’oublie pas. Un privilège. Que je m’étais forgé — j’avais forcé mon destin pour être là, appareil en main.
Ce soir-là, j’ai pris mon pied à l’écouter jouer, à l’observer, et à le photographier. Dans cet ordre. C’est la plus belle leçon de photographie de concert qu’on puisse recevoir — et elle ne s’apprend dans aucune école.
Mise au point manuelle sur une scène de jazz : lumière qui change, musicien qui bouge, f/2.8 en pleine ouverture pour rentrer de la lumière. Une école dure et passionnante. C’est là que se forgent les réflexes qui me serviront ensuite.
Le pool presse : les leçons qu’on n’oublie pas
Je veux tester mes images dans le réel, me frotter à la presse régionale. Je me greffe aux pools presse des journaux locaux. Manifestations, événements, signatures officielles. Je suis là, F-601 en main, à shooter à côté des photographes de la presse locale.
Première leçon : la politique a ses médias attitrés. Je présente mes photos à un journal. « Vous étiez à la signature du préfet ? » Non, j’avais la manif. Pas intéressé. Je comprends en quelques secondes que certaines images dérangent une narration soigneusement entretenue.
Deuxième leçon : le pool presse se défend. Lors d’un événement, une photographe de presse vient se planter délibérément devant mon objectif. Pas un accident. Un message clair et silencieux : tu n’es pas des nôtres, tu déranges, tu pars. Je rentre chez moi avec peu d’images et beaucoup de lucidité.
J’aurais pu raccrocher. J’ai investi dans des optiques à la place.
Le Printemps de Bourges : 180mm contre 300mm
Le festival. Le Printemps de Bourges — Bourges, dans le Cher. Un festival fondé en 1977, l’année de mon OM-1 et de mes 17 ans. Mon fil rouge, décidément.
Je me retrouve dans le pool presse des concerts avec le F-601 et le Nikkor 180mm f/2.8 ED en mise au point manuelle. Autour de moi, les autres sortent des 300mm f/2.8 sur des boîtiers F4 professionnels. Je n’ai pas les moyens de faire pareil. Mais j’ai le 180mm ED — une optique légendaire, piquant redoutable, bokeh soyeux comme de la soie — et j’ai les mains formées par des dizaines de soirées jazz à Avignon.
Après le retour du labo, je regarde les diapos au compte-fil, loupe collée à l’œil. Je tamponne chaque diapo : nom, copyright, droit d’auteur. Je classe dans des classeurs. Je construis une bibliothèque physique d’images, concert après concert.
Je n’avais pas les moyens des autres. Alors j’ai développé autre chose : l’œil, la patience, la lecture de la lumière.
Le monde en diapo : San Francisco, Portugal, Thaïlande
Les années suivantes, le F-601 voyage. San Francisco d’abord — négatifs couleur, la ville en série. Le Portugal ensuite, avec ma femme, diapo, sans enfants encore, on se l’est payé nous-mêmes. Et la Thaïlande, avec un kit d’objectifs constitué avec soin : le 180mm f/2.8 ED toujours là, un 50mm, un 28-70mm, le 35mm décentrement — l’héritage du regard de DA qui pense composition avant tout — et pour les grands paysages, un Sigma 14-24mm F/2.8 payé cher, autofocus et mise au point manuelle selon l’envie. Une optique magique pour qui aime les architectures qui écrasent le ciel.
En Thaïlande, un soir près d’un temple, je m’installe avec le trépied. Ma femme est patiente — elle sait. J’attends la lumière du coucher, je la guette, je la cueille. Le lendemain, je me lève avant tout le monde — l’heure bleue d’abord, froide et silencieuse, puis l’heure dorée qui embrase tout. Deux lumières. Un temple. C’est ça, la photographie de voyage — pas l’image volée à la sauvette, l’image méritée. Celle qu’on a gagnée.
Atelier 601 : la photo en veille, la transmission en marche
La vie a d’autres projets. Une formation PAO — XPress, InDesign, la suite Adobe. Je retrouve du travail dans la communication et la direction artistique. En 1996, je monte Atelier 601. Freelance d’abord, puis les premières missions de formation. L’organisme qui m’a formé me rappelle un jour : « Tu travailles en agence, tu connais les méthodes — tu peux intervenir. » Le virus de la transmission m’attrape. Je monte mon propre organisme de formation, je me forme comme formateur — parce que oui, c’est un vrai métier qui s’apprend. Gamme Adobe, outils créatifs, intelligence artificielle dans les workflows. Des années de salles, d’écrans, d’équipes à former.
Les Nikon argentiques, je les vends. Pas par indifférence — par nécessité, par tournant de vie. Ce n’est pas abandonner la photographie. C’est lui faire de la place pour plus tard.
Le D50, Léo, la Crète et l’autofocus enfin
Quand le numérique est devenu sérieux, je n’ai pas eu à réapprendre la chaîne. Photoshop, le RAW, la retouche — j’avais une longueur d’avance. Là où beaucoup de photographes de ma génération ont buté sur l’écran et les profils couleur, moi je savais quoi faire d’un fichier NEF depuis le premier jour. Le graphiste avait préparé le terrain sans le savoir.
Je m’offre un Nikon D50 avec son kit Nikkor AF-S 18-55mm f/3.5-5.6 — pas très lumineux, mais en pleine lumière pour le paysage, il était bien. Capteur DX, 6 mégapixels. Et je découvre enfin l’autofocus. Reposant. Après des années de 180mm ED en mise au point manuelle dans le noir sur Charlie Haden, reposant est le bon mot.
Je me marie. Léo naît — un immense bonheur. Direction la Crète, premier grand voyage numérique, comité d’entreprise prix avantageux. Je redécouvre que voir en numérique, c’est différent de voir en diapo. La lumière dure du soleil grec sur les pierres blanches. Un capteur qui apprend à l’œil autant que l’œil apprend au capteur.
Ensuite arrivent les filles. De longues, belles, précieuses années de photographie en famille. Le Pays Basque, Marseille, les vacances. Ce n’est plus la photo de concert ou de festival. C’est la photo de vie. Même exigence, autres sujets.
Le système Z : Nikon fait des choix forts
Le système Z a mis du temps à convaincre. Les premiers boîtiers — Z6, Z7 — étaient prometteurs mais l’autofocus décevait et le catalogue d’objectifs était rachitique. Puis le 👉 Z5, l’entrée de gamme accessible, a élargi la famille. Le 👉 Z6 III, le Z7 II ont corrigé les défauts. Le 👉 Z8 est arrivé comme une révélation — toute la technologie du Z9 dans un boîtier plus compact, plus accessible. La gamme se structurait, se densifiait, gagnait en cohérence. Et puis sont venus le 👉 Nikon Z9 et le 👉 Nikon Z fc. Et là, j’ai compris que Nikon avait fait des choix éditoriaux forts — pas par hasard, pas par mode.
👉 Nikon Z9 : une machine de guerre. L’obturateur mécanique a disparu, remplacé par un capteur empilé capable de lire les données si vite que le rolling shutter n’existe plus. La visée électronique aussi fluide qu’une visée optique. L’autofocus qui reconnaît les sujets, les suit, anticipe. Ce boîtier ne tombe pas en panne — il n’a plus de pièce mécanique à usure. L’aboutissement technique absolu.
Le 👉 Nikon Z fc : le clin d’œil assumé à l’histoire du photojournalisme Nikon — du FM2 que les reporters trimbalaient partout jusqu’à Depardon. Molettes physiques, lignes sobres, métal brossé. Mais ne vous y trompez pas : sous la robe rétro, une bête de compétition. Pas un jouet. La démonstration qu’on peut honorer son histoire sans se trahir.
Les deux ensemble disent quelque chose que quarante ans m’ont appris à reconnaître : Nikon sait d’où elle vient et sait exactement où elle va. C’est ça, la longévité d’une marque.
Ce que quarante ans m’ont appris
Une marque de matériel photographique, c’est d’abord une promesse de continuité. Nikon a tenu cette promesse mieux que presque tous les autres : les objectifs F-mount des années 70 fonctionnent encore aujourd’hui sur un Z9 avec la bague FTZ II. Mon vieux 180mm f/2.8 ED — celui des soirées jazz à Avignon, celui du Printemps de Bourges, celui du temple thaïlandais à l’aube — pourrait se retrouver sur un boîtier d’aujourd’hui. Cette compatibilité n’est pas un détail commercial. C’est une déclaration de valeurs : on ne jette pas ce qui a prouvé sa valeur.
J’ai aussi appris que la fidélité à une marque ne doit jamais être aveugle. J’ai testé, comparé, utilisé d’autres systèmes. J’emmène aussi un compact en voyage, pour les moments où le meilleur appareil photo est celui qu’on a dans la poche. Un photographe malin ne se ferme pas — il choisit le bon outil pour le bon moment.
Mais quand il s’agit de faire une image qui compte vraiment, de ne pas rater la lumière qui ne reviendra pas — c’est vers un boîtier Nikon que je tends la main. Quarante ans de mémoire musculaire, ça ne s’efface pas. Ça se transmet.
C’est d’ailleurs pour ça que findmax.fr existe. Toute ma vie j’ai appris, puis j’ai transmis — en salle de formation, devant des équipes créatives. Aujourd’hui c’est ici, dans cette rubrique matériel photo, que l’envie de partager trouve son espace. Pas pour faire l’expert. Pour faire le passeur.
Quarante ans d’images. Autant de raisons de continuer.
Quarante ans avec une marque, ça donne des convictions. Et des avis. Tous les deux, je les partage ici, sur findmax.fr — sans filtre et sans langue de bois.
Si vous voulez aller plus loin dans l’univers Nikon, j’ai fait le travail pour vous :
- 👉 Test Nikon Z9 — la machine qui redéfinit la photographie professionnelle
- 👉 Nikon Z fc, FM2 et Depardon : la lignée des reporters — quand l’histoire devient un choix de marque
- 👉 Comparatif Nikon Z plein format — Z6 III, Z7 III, Z8, Z9 : lequel est fait pour vous ?
- 👉 Tous les tests et guides Nikon sur findmax.fr — boîtiers, objectifs, comparatifs
Matériel Photo
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